Une autre Bolivie

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Douceur de vivre, abondance de fruits, relative prospérité économique, forêt vierge et cascades alternant avec vastes plaines fertiles, la région de Santa Cruz ne ressemble en rien à celle des Andes et de La Paz.

Locomotive économique du pays, cette région a connu une croissance soutenue, boostée par la hausse du prix des hydrocarbures et des produits agricoles. 

La route de Sucre à Samaipata est pénible. 120km de mauvaise piste qui plus est, barrée pendant des heures pour cause de travaux.

Nous nous trouvons sur un des derniers axes majeurs pas encore été goudronné par le président Evo Moralès. A ce stade, une petite digression politique s’impose…

Evo: une figure forte, au bilan contrasté, qui ne laisse personne indifférent. Premier président indigène de Bolivie et, peut-être plus important encore, premier président pour qui les mots vie rurale et pauvreté sont autre chose que des concepts abstraits. 

Pourtant, peu regardant avec certaines libertés individuelles et ayant la fâcheuse tendance à vouloir museler la presse d’opposition, Evo suscite beaucoup de critiques. Régime communiste autoritariste, limite dictatorial selon certains, sauveur de la dignité indigène pour les autres. Toujours est-il que je connais peu de présidents qui peuvent se targuer après 10 ans au pouvoir, d’un soutien de plus de 60% de leur population…

Je ne peux ni ne veux juger son action, mais l’amélioration globale du niveau de vie en Bolivie depuis mon dernier passage en 2004, soit 2 ans avant sa première élection, est flagrante.

La Bolivie a connu durant ces 10 dernières années un essor économique exceptionnel, ce qui a financé des projets d’infrastructures majeurs comme des écoles et des routes et a contribué à une meilleure redistribution des richesses. Les nombreuses nationalisations ont aussi permis aux Boliviens de se réapproprier les ressources gazières et pétrolifères de leur pays, ce qui n’est pas trop tôt après des siècles de pillage systématique du pays, d’abord par les colons européens, puis par les multinationales étrangères…

Mais force est de constater que la Bolivie n’est pas à une contradiction près:

Alors que le taux d’alphabétisation des indigènes faisait un saut incroyable, dans le même temps, Evo abaissait l’âge légal du travail des enfants à 10 ans! Si cela choque nos consciences occidentales, peut-être faut-il n’y voir que le reflet de la réalité économique de ce pays ou le travail des enfants est souvent une simple question de survie pour les familles? Ne se trouve-t-on pas face à un refus de l’hypocrisie de lois trop souvent pétries de bons sentiments et, partant, ignorantes des réalités de la vie locale?

Autre domaine, autre contradiction. Fervent défenseur de l’écologie, Evo a pourtant lancé un projet de construction de route en pleine zone protégée amazonienne. Et l’exploitation annoncée du lithium sur le salar d’Uyuni ne se fera pas sans dommages écologiques collatéraux. Ou comment les besoins environnementaux se heurtent aux impératifs économiques, même chez les utopistes tendance communiste…

Fin de la parenthèse, tout ça pour dire qu’à part cette portion de route, nous circulons sur de superbes voies asphaltées toutes neuves et arrivons sans encombres à San José de Chiquitos. La foule chiquitanos ne se distingue pas à première vue d’une foule occidentale et nous aurons l’occasion de nous y mêler plusieurs jours pour les festivités du 1er mai. Jeans et robes légères ont remplacé les grosses jupes de laines superposées et les chapeaux melons — ce qui vu la chaleur est une bonne nouvelle!

L’habit traditionnel des Cambas, fait de coton blanc et de larges chapeaux tressés, n’est plus guère porté par personne, sauf à l’occasion de fêtes comme maintenant. 

Pendant trois jours, les danses se succèdent jour et nuit, les stars étant incontestablement les « abuelos » qui portent le masque traditionnel de San José de Chiquitos et que l’on croise partout.

Le gouvernement de Santa Cruz participe aux festivités, et Evo Morales fera même une visite express à San José pour l’inauguration de l’école de musique. Au programme, feux d’artifices, bal musette avec orchestre local et surtout élection de « Miss San José ». La totale. Je tombe par terre en découvrant que San José compte pas moins de 8 miss que je serais bien incapable de vous citer mais qui inclue miss San José, miss Carnaval et miss Tradition.

Il est quand même triste de constater que devenir « miss » semble la principale ambition de la majorité des jeunes filles d’ici, et ce dès leur plus jeune âge…

Pris par l’ambiance et la douceur de vivre, nous restons longtemps à San José de Chiquitos, dans le jardin de l’hôtel 4 étoiles « La Chiquitana » tenu par Christel et Jérome, deux français qui vivent ici depuis 2010.  Leur hôtel est un havre de paix où nous profitons de la piscine, de petits déjeuners délicieux avec du pain fait maison, de douches chaudes, de sanitaires à la propreté suisse et… de délicieux escargots français que Diane réclame même au petit déjeuner!!!

Les enfants se lient d’amitié avec Swann, leur fille de 10 ans, au point de faire une « soirée pyjama » pendant que les parents sortent ensemble profiter de la fête du 1er mai… 

La fête ne nous fait tout de même pas oublier le principal atout de San José: sa mission jésuite, parfaitement restaurée et d’une beauté saisissante. Le superbe travail de rénovation laisse habilement voir les 7 couches de peintures qui ont successivement décoré ce lieu sacré depuis 1748.

Nous quittons à regret San José, et prenons la route du Brésil. Nous nous arrêtons pour la nuit (pensons-nous…) dans un camping d’Aguas Calientes. Le lieu se révèle tellement idyllique que nous y resterons plusieurs jours, à observer les nombreux toucans qui nichent dans les arbres près du rio et à se baigner dans ses eaux super chaudes et transparentes. 

Le rio est alimenté en amont par une source qui vient des profondeurs de la Terre et qui maintient une température constante de 38° dans les eaux du fleuve!!! Seuls de petits poissons semblent pouvoir vivre à cette température, quoique leurs sauts permanents laissent à penser qu’ils ont eux aussi besoin de se rafraîchir! Marcher dans ces eaux chaudes en observant la nature s’éveiller est une expérience hallucinante… A l’aube, la différence de température accentue encore le mystère naturel du lieu en enveloppant le fleuve d’une brume légère. 

Un dernier bivouac inoubliable en forme d’au-revoir à notre chère Bolivie.

 

 

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Une réponse

  1. Mamiçoise
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    Encore un magnifique article superbement illustré! …

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