Rien ne se passe comme prévu

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Ce matin, entre le vaccin contre la fièvre jaune et la négociation des panneaux solaires, je me sens vide.

A quoi bon tous ces efforts? Après quoi je cours? Quel sens y-a-t’il à rouler pendant des milliers de kilomètres à travers la pampa argentine? Pourquoi risquer la contagion par la dengue dans le Pantanal ou l’ensablement dans le désert d’Atacama? Le sens de tout ça m’échappe soudain, mes grandes théories semblent creuses et le doute déferle avec la puissance de la marée montante, ravageant toutes mes certitudes sur son passage. Evidemment. C’est quand enfin, plus personne ne remet en cause l’évidence de notre départ que je flanche. C’est toujours ainsi avec moi: farouchement inflexible face à l’adversité et étonnamment indécise en son absence… Heureusement l’enthousiasme de Fabrice est intact et il continue à avancer imperturbablement dans nos préparatifs, inconscient des sautes d’humeur de mon pénible esprit de contraction.

Je me sens redevable envers le terre entière, mes parents que j’inquiète, mon employeur que je laisse tomber semble-t-il au plus mauvais moment, certaines connaissances qui ne comprennent pas notre décision, comme si elle remettait en cause leurs propres choix de vie. Au travail, je détourne la conversation quand le sujet de notre voyage vient sur le tapis. Plus le départ approche, plus la culpabilité de les laisser augmente.

J’enchaîne quelques nuits d’insomnie. Excitation, peur, impatience, doutes. Difficile de déterminer l’origine de mon trouble. J’en profite pour écrire. Sentiment grisant d’être la seule éveillée, la seule à veiller. Je veux tout et son contraire. Accélérer le temps et le ralentir. Etre déjà partie, ne jamais partir. Coeur qui bat à 200 sans pouvoir le calmer. Quelque part j’aime ça. Je me sens vibrante, bouillonnante. Vivante.

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